Gezani
"Bonjour, Laure
Je voulais vous informer que demain, nous ne travaillerons pas à cause du cyclone."
Claudia est enseignante chez les tout-petits, nous avions rendez-vous en ligne ce mardi 10 février. Comme toutes les enseignantes de l'école Vatosoa, je la rencontre régulièrement en ligne pour échanger sur sa pratique pédagogique.
J'ai même eu la chance de passer deux incroyables séjours à Tamatave et mon prochain voyage est pour le mois d'avril.
Depuis que je travaille avec Vatosoa, depuis 2017, ce n'est pas le premier cyclone qu'ils affrontent. Le rituel est bien rôdé, on fait des provisions, on se calfeutre, on attend... et on fait le bilan.
Aujourd'hui, le cyclone s'appelle Gezani.
Et ce n'est pas n'importe quel cyclone.
C'est un monstre.
Il a décidé de s'en prendre à Tamatave. Il se dirige droit sur la ville.
400 000 habitants, dont beaucoup vivent dans des maisons de tôles, il y a de quoi se mettre sous la dent !
Gezani atterrit à Tamatave à 19h30.
Il projette le mur de son œil sur la ville avec une violence inouïe.
Il s'acharne pendant des heures.
Maisons de tôles ou en dur, palmiers centenaires, poteaux électriques, et même le nouveau gymnase Arena inauguré en grande pompe il y a un peu plus d'un an... tout doit disparaître.
Même à 8 000 kilomètres de l'enfer, la nuit n'est pas très bonne.
Au petit matin, je me précipite, j'envoie des messages à Héloïse et aux enseignantes.
La ville est dévastée. Détruite à 70% selon les uns, à 90% selon les autres.
Les premières images sont glaçantes.
Et tous ceux que je connais bien, que je vois toutes les semaines ?
Ils sont tous en vie, semble-t-il. L'essentiel est là.
Mais la plupart n'ont plus de maison. Plus rien.
L'école a beaucoup souffert, elle aussi.
Le toit, les murs, le mobilier, le matériel, les livres, rien n'est intact.
Héloïse n'a pas beaucoup de temps.
Elle prend des nouvelles de l'équipe et des familles environnantes, elle gère l'urgence : aider ceux qui ont tout perdu à se soigner, se nourrir, trouver de quoi se reloger.
Heureusement, il reste assez d'espace sec et propre dans l'école pour abriter les membres de l'équipe qui ont tout perdu...
Héloïse s'efforce de tenir le coup.
En attendant demain et le chantier colossal qui les attend.
Je connais bien la force de vie de cette équipe, je sais qu'ils se relèveront une fois de plus.
Mais ils auront certainement besoin de beaucoup d'aide.